Du champ de café à la clinique : le film d'Oxfam sur notre coopérative
Oxfam RDC est venue à Idjwi avec une caméra. En cinq minutes, son film passe d'un champ de café à flanc de colline à l'usine où les grains sont triés pour l'exportation, puis à la clinique Matumaini. Pendant presque tout le film, ce sont les femmes qui font le travail qui racontent elles-mêmes l'histoire.
Le film s'ouvre sur Marcelline Budza, notre fondatrice, qui explique pourquoi la coopérative devait exister. Les femmes faisaient chaque étape du travail du café, et les hommes le vendaient. « On la considérait comme une main d'œuvre, dit Marcelline, mais au finish, elle ne gagne rien. » Souvent, l'argent d'une vente ne revenait jamais à la maison.
Une membre de la coopérative, mère de quatre enfants, se tient dans son champ de café et se souvient de ce que coûtait autrefois la vente. Pour porter le café au marché, il fallait passer par le lac, et des gens s'y noyaient. Parfois, on prenait tout simplement le café aux femmes sur l'eau.
Puis le film montre ce qui a changé. Aisi Jenny, notre agronome, parcourt le champ d'une membre dans le village de Boza, où le café pousse sous des arbres d'ombrage et des arbres fruitiers, et où les femmes préparent des plates-bandes pour des semis maraîchers. À l'usine, le Dr Manenji Mangundu, directeur pays d'Oxfam en RDC, regarde des femmes trier le café destiné aux États-Unis, au Japon et à l'Europe. Un membre du personnel de la clinique explique pourquoi elle a été construite : les femmes sur le point d'accoucher devaient rejoindre Monvu ou traverser le lac vers le Rwanda, au risque d'un naufrage sur l'eau ou d'un accident sur la route. Le film se termine sur l'appel du Dr Mangundu aux donateurs et sur un dernier plan de Marcelline, une tasse du café à la main.
Les intervenants passent du français au swahili et à l'anglais, et les sous-titres du film alternent entre l'anglais et le français. Voici, en français, tout ce qui est dit dans le film.
Transcription du film
Marcelline Budza, Aisi Jenny et le membre du personnel de la clinique parlent français : leurs propos sont donnés tels qu'ils sont dits. Les propos de la membre de la coopérative sont traduits du swahili. Le Dr Mangundu parle anglais : ses propos sont donnés dans la traduction des sous-titres d'Oxfam. Les mots répétés et les faux départs sont omis.
0:00 · Marcelline Budza, fondatrice de Rebuild Women's Hope (en français)
L'opportunité qu'il y avait sur le terrain, c'était le café. Mais ce café-là servait de source de discrimination, servait de violence socio-économique faite à la femme. Et donc la femme entrait dans les champs, elle travaille la terre, elle fait toute la chaîne de valeur du café, mais lors de la commercialisation, elle était toujours écartée. Donc on la considérait comme une main d'œuvre, mais au finish, elle ne gagne rien. Et quand l'homme vendait ce café-là, il partait pour aller s'amuser avec ses amis, pour aller épouser d'autres femmes, et ne revenir qu'à la maison les mains vides. Et c'est là que plongeait la femme dans une situation de pauvreté très accrue.
0:52 · Une membre de la coopérative, dans son champ de café (en swahili)
Je suis mère de quatre enfants. Nous sommes ici dans le champ de café. Nous, les caféicultrices, sommes très contentes maintenant, parce qu'avant, quand notre café partait au marché, des gens se noyaient dans le lac. Nous avions beaucoup d'accidents. Parfois, on nous prenait notre café sur l'eau, et des parents s'y noyaient. C'était dur, et très dangereux.
1:28 · Marcelline Budza (en français)
Et donc quand nous sommes arrivés, c'était vraiment un travail de dur labeur. Nous avons sensibilisé les femmes, nous avons sensibilisé les hommes, et par après, il y a eu quand même des changements qui commençaient à naître au sein de la communauté. Et par là, nous avons regroupé les femmes et nous avions commencé notre petite structure de production de café.
1:52 · Aisi Jenny, agronome de RWH (en français)
Ici, nous sommes sur l'île d'Idjwi, précisément dans le village de Boza, et nous sommes dans l'un des champs de nos bénéficiaires de ce projet en cours. Alors, comme vous pouvez le voir, c'est un champ de café où nous cultivons le café. Mais non seulement le café : nous promouvons l'agroforesterie, c'est-à-dire nous plantons des arbres d'ombrage, des arbres fruitiers, vu que le café est une culture qui apprécie vraiment l'ombrage. Nous accompagnons aussi les femmes caféicultrices dans le maraîchage. Ce qu'elles sont en train de faire là-bas, c'est implanter les plates-bandes sur lesquelles elles vont faire le germoir de plusieurs cultures maraîchères. C'est très beau.
2:31 · Dr Manenji Mangundu, directeur pays d'Oxfam en RDC (en anglais)
Je suis Dr Manenji Mangundu, directeur pays d'Oxfam en RDC. Je suis ici en visite du projet de Rebuild Women's Hope.
C'est un projet qui travaille spécifiquement avec les femmes. Comme vous pouvez le voir, les femmes travaillent, nettoient le café qui va être exporté vers les États-Unis, exporté vers le Japon, exporté en Europe. Mais quand on vient observer le niveau d'engagement des femmes et le niveau d'implication pour aider et soutenir ces femmes, c'est tout simplement incroyable.
En plus de ce que nous voyons ici concernant l'usine de traitement du café, elles construisent également un centre de santé pour les femmes à Idjwi. Celui-ci est censé prendre en charge les femmes qui subissent des violences sexuelles en raison de la situation de guerre que nous connaissons dans l'est de la RDC.
3:32 · Un membre du personnel de la clinique Matumaini (en français)
Nous avons constaté dans le temps que nos femmes caféicultrices faisaient face aux problèmes liés à l'accouchement. Elles avaient à parcourir de longs trajets pour atteindre Monvu ou pour traverser vers le Rwanda, avec tous les problèmes liés au naufrage et à l'accident de route. C'est comme ça qu'avec la direction de RWH, après la vente du café, nous nous sommes concertés pour voir comment on peut créer l'hôpital après les bénéfices obtenus après la vente du café.
4:03 · Dr Manenji Mangundu (en anglais)
L'idée globale est donc de bâtir un modèle d'entreprise qui soutiendra durablement les femmes qui sont désespérées en raison de la crise humanitaire que nous traversons dans l'Est. Et nous sommes tous ravis de voir que les modestes fonds alloués ont été mis à profit de manière efficace. Nous lançons un appel pour obtenir davantage de soutien en faveur de ce type d'initiatives de développement, car nous dépendons du café biologique issu de la RDC. Mais il joue également un rôle dans le secteur humanitaire. C'est pourquoi nous disons aux donateurs : de plus en plus de femmes dans l'Est du Congo, qui ont enduré 30 ans de guerre, ont désespérément besoin de ce type d'aide pour continuer à espérer en l'avenir.
4:50 · Le film se termine sur Marcelline qui boit une tasse du café.
La clinique que l'on voit dans le film a ouvert en décembre 2020. Des membres mouraient en couches sans aucun endroit où aller sur l'île : nous l'avons donc construite en pleine pandémie, avec un financement de base du fonds C2C de Mozzo Coffee. En décembre 2025, elle avait aidé à mettre au monde plus de 8 000 enfants.
Merci à Oxfam RDC et au Dr Mangundu d'être venus voir ce travail et d'avoir réalisé ce film. L'original se trouve sur la page LinkedIn d'Oxfam RDC, où vous pouvez le partager. Si vous souhaitez acheter le café que cultivent ces femmes, cette page explique comment joindre la coopérative.